La nouvelle ruée vers l’or de la finance on-chain en 2026
Le marché des actions tokenisées connaît une progression qui n’a pratiquement aucun équivalent dans l’univers financier récent. Alors qu’il ne représentait qu’environ 32 millions de dollars au début du mois de janvier 2025, sa valorisation a atteint 963 millions de dollars dès janvier 2026, soit une progression proche de 2 900% en seulement douze mois.
Cette dynamique ne s’est pas arrêtée là. En mars 2026, le secteur a franchi le seuil symbolique du milliard de dollars avant d’atteindre près de 1,67 milliard de dollars à la mi-2026. Dans le même temps, le nombre de détenteurs uniques est passé à près de 181 000, soit une multiplication par quatorze depuis mai 2025. Si l’on remonte à janvier 2024, la croissance dépasse désormais les 3 300%. Les actions tokenisées s’imposent ainsi comme la catégorie d’actifs numériques affichant la progression la plus rapide, devant les stablecoins et les Treasuries tokenisés, pourtant déjà bien implantés.
Ondo Global Markets domine largement le secteur
Aujourd’hui, Ondo Global Markets représente à lui seul plus de la moitié de la capitalisation totale du marché. Derrière lui, xStocks, développé par Kraken (Payward) et Securitize se partagent la majeure partie du reste de l’écosystème.
Le modèle proposé par Ondo repose sur un principe simple. Chaque token est garanti à hauteur de 1:1 par une action réellement conservée auprès d’un courtier réglementé aux États-Unis. Les investisseurs bénéficient ainsi de l’intégralité de la performance du titre sous-jacent, qu’il s’agisse de son évolution boursière, du réinvestissement automatique des dividendes ou encore des différentes opérations sur titres. La plateforme référence désormais plus de 430 actifs tokenisés disponibles simultanément sur Ethereum, Solana et BNB Chain.
L’un des événements majeurs de l’année est intervenu le 2 juillet 2026. En collaboration avec Broadridge, Ondo a lancé la première solution opérationnelle de titres américains tokenisés émis par un acteur tiers tout en restant intégralement conforme au cadre réglementaire américain. Les détenteurs de plus de 250 titres tokenisés, parmi lesquels l’ETF iShares Core S&P 500 ou encore l’action Micron Technology, disposent désormais d’un accès au vote par procuration ainsi qu’aux communications officielles des sociétés grâce à une version Web3 de la plateforme ProxyVote de Broadridge.
Cette évolution marque une rupture importante puisque, jusqu’à présent, la plupart des actions tokenisées n’offraient qu’une exposition au prix des actifs sans conférer les droits habituellement associés à l’actionnaire, notamment les droits de vote ou la perception directe des dividendes.
Solana s’impose comme la blockchain de référence
Avec plus de 60% des détenteurs d’actions tokenisées, Solana domine désormais largement ce marché. Le réseau rassemble plus de 2.4 fois plus d’utilisateurs que BNB Chain et laisse Ethereum loin derrière.
Cette avance s’explique avant tout par des performances techniques particulièrement adaptées à ce type d’utilisation. Les frais de transaction sont quasiment inexistants et les opérations sont finalisées en quelques secondes, contrairement à Ethereum où les coûts de gas peuvent rapidement devenir prohibitifs pour les petits investisseurs.
L’écosystème de distribution constitue également un avantage majeur. Ondo Global Markets s’est développé sur Solana en utilisant Jupiter comme principale porte d’entrée, tandis que xStocks a été conçu directement sur cette blockchain. Depuis son lancement, cette dernière revendique déjà plus de 25 milliards de dollars de transactions.
L’expérience utilisateur contribue aussi fortement à cette adoption. Plusieurs portefeuilles, comme Exodus ou MetaMask Mobile pour les utilisateurs situés hors des États-Unis, permettent d’acheter et d’échanger ces actifs tokenisés sans ouvrir un compte de courtage traditionnel et, selon les juridictions, sans procédure KYC supplémentaire.
Enfin, l’arrivée d’actions pré-IPO très recherchées, notamment SpaceX, a constitué un véritable accélérateur. Le token représentant SpaceX a attiré plus de 10 000 détenteurs en seulement une semaine et s’est rapidement imposé comme l’action tokenisée la plus échangée sur Solana.
Au total, le réseau concentre aujourd’hui entre 66% et 67% du volume mondial des échanges d’actions tokenisées. En juin 2026, les volumes mensuels ont dépassé les 6 milliards de dollars sur l’ensemble des blockchains, soit une progression de 70% en un mois, un record selon les données de rwa.xyz.
Un cadre réglementaire en pleine évolution
L’année 2026 marque également une étape importante sur le plan réglementaire avec l’émergence de deux approches distinctes aux États-Unis.
La première est portée par l’industrie crypto. Dans le cadre du Project Crypto, la SEC travaille sur une exemption d’innovation permettant aux plateformes spécialisées d’émettre des tokens représentant des actions cotées selon un régime réglementaire allégé durant une phase pilote. Cette proposition suscite toutefois des débats au sein même du régulateur. Des acteurs comme Securitize s’inquiètent notamment de voir plusieurs entreprises émettre des versions concurrentes d’une même action sans l’accord de la société concernée, ce qui pourrait fragmenter les prix et faire disparaître toute référence de marché unique. Face à ces interrogations, la SEC a temporairement suspendu l’avancement de cette exemption afin d’examiner les retours des marchés traditionnels.
La seconde approche est davantage institutionnelle. En mars 2026, le Nasdaq a obtenu l’autorisation de la SEC pour un modèle très différent dans lequel toutes les transactions restent exécutées sur une bourse réglementée. Les droits des actionnaires sont intégralement préservés et le règlement des opérations repose sur l’infrastructure de la DTCC (Depository Trust & Clearing Corporation), l’organisme chargé de la compensation de la majorité des titres américains.
En juillet 2026, la DTCC a lancé la première phase opérationnelle de son programme de tokenisation avec un groupe de travail réunissant une cinquantaine d’entreprises parmi lesquelles Goldman Sachs, JPMorgan, BlackRock, Circle, Ondo Finance et Ripple Prime. Un déploiement à grande échelle est prévu à partir d’octobre 2026.
Dans ce contexte, la distinction entre les véritables security tokens, qui accordent des droits juridiques complets sur les actifs sous-jacents, et les tokens synthétiques, qui ne reproduisent que l’évolution du prix sans transférer la propriété réelle, demeure un élément essentiel que les investisseurs doivent parfaitement comprendre.
Les grands courtiers accélèrent leur transition
Les acteurs historiques de la finance ne souhaitent plus rester à l’écart de cette révolution.
Le 1er juillet 2026, Robinhood a dévoilé le mainnet public de Robinhood Chain, une blockchain de couche 2 développée sur la technologie Arbitrum et entièrement consacrée à la tokenisation des actifs du monde réel ainsi qu’aux services financiers accessibles en continu.
Présentée lors d’un événement organisé à Londres, cette infrastructure bénéficie de la sécurité d’Ethereum tout en proposant des blocs produits toutes les 100 millisecondes. Les Stock Tokens de Robinhood sont désormais pleinement opérationnels via Robinhood Wallet dans plus de 120 pays, même si les utilisateurs situés aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suisse, au Canada et aux Émirats arabes unis restent exclus dans un premier temps.
Cette blockchain demeure cependant largement contrôlée par Robinhood, qui assure à la fois le rôle de séquenceur, développe les principales applications et exploite le portefeuille officiel. Une situation fréquente pour un jeune layer 2, mais qui soulève déjà des interrogations concernant son futur niveau de décentralisation.
D’autres plateformes avancent dans la même direction. Crypto.com commercialise désormais ses propres actions tokenisées alors que l’ensemble du marché des actifs du monde réel, incluant les Treasuries et le crédit privé, dépasse les 43 milliards de dollars. De son côté, Kraken poursuit le développement de xStocks en collaboration avec le Nasdaq afin de connecter les actions cotées aux réseaux blockchain tout en conservant leur statut juridique de valeurs mobilières.
Des perspectives prometteuses malgré plusieurs défis
Les estimations concernant l’avenir du marché restent particulièrement ambitieuses. McKinsey estime que la valeur totale des actifs tokenisés pourrait atteindre entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars d’ici 2030. Le rapport publié conjointement par BCG et Ripple se montre encore plus optimiste en évoquant un marché potentiel proche de 18 900 milliards de dollars.
Ces projections doivent néanmoins être nuancées. Avec une valorisation de 1,67 milliard de dollars, les actions tokenisées représentent encore une part infime du marché mondial des actions. De plus, l’activité reste extrêmement concentrée entre quelques acteurs majeurs comme Ondo, xStocks et Securitize.
Plusieurs risques continuent d’être surveillés de près. Le premier concerne une possible fragmentation des prix si plusieurs émetteurs proposent des versions concurrentes d’une même action sans référence commune. Vient ensuite l’incertitude juridique entourant la différence entre véritables security tokens et produits synthétiques. À cela s’ajoute un environnement réglementaire encore en construction, partagé entre une vision plus flexible défendue par certains acteurs crypto et une approche plus prudente portée par le Nasdaq et la DTCC. Enfin, la concentration des volumes sur un nombre limité de plateformes expose le secteur à un risque de contrepartie en cas de difficulté rencontrée par un acteur majeur.
Malgré ces incertitudes, une tendance se dessine clairement. La convergence entre Wall Street et les infrastructures blockchain s’accélère. Qu’elle soit portée par des entreprises natives de la crypto comme Ondo ou par des institutions financières historiques telles que Robinhood, le Nasdaq ou la DTCC, la tokenisation des actions apparaît désormais comme l’un des laboratoires les plus stratégiques de la finance mondiale en 2026.





