Capitaux mondiaux : ruée historique vers les actifs US

Une dépendance extérieure à un sommet historique

En 2025, la proportion d’actifs financiers américains détenus par des investisseurs étrangers a franchi un cap inédit, atteignant des sommets jamais observés auparavant. Malgré les tensions géopolitiques persistantes, le resserrement monétaire, la multiplication des barrières douanières et les discours alarmistes sur un hypothétique «Sell America» ou une dédollarisation rapide, les États-Unis confirment leur statut d’aimant mondial pour les capitaux.

D’après les chiffres officiels publiés le 16 janvier 2026 par le Bureau of Economic Analysis, la position nette de placement international des États-Unis s’est enfoncée à un plancher historique de –27,61 milliards de dollars au troisième trimestre 2025, soit précisément –27 613 milliards. Sur un an, la dégradation atteint 11,2% par rapport au troisième trimestre 2024 où le solde s’établissait autour de –24,51 billions. En variation trimestrielle, la détérioration représente 1,46 milliard depuis le deuxième trimestre 2025, révisé à –26,16 billions.

Un écart colossal entre actifs et passifs

Concrètement, les investisseurs non-résidents détiennent désormais 68,89 milliards de dollars d’actifs américains alors que les résidents américains possèdent 41,27 milliards d’actifs à l’étranger. Le différentiel net, autrement dit la sur-détention étrangère d’actifs américains, atteint ainsi 27,61 milliards de dollars, soit plus de 100% du PIB annuel des États-Unis. Cette asymétrie illustre une dépendance financière extérieure d’une ampleur exceptionnelle.

La détérioration observée au troisième trimestre 2025 s’explique principalement par deux moteurs. Le premier relève des effets de valorisation. Les marchés actions américains ont largement surperformé leurs homologues internationaux, gonflant mécaniquement la valeur des passifs, c’est-à-dire des actifs américains détenus par l’étranger, de 3,17 milliards de dollars. Les actions en portefeuille ont contribué pour 1,39 milliard tandis que les investissements directs étrangers ont ajouté 1,20 milliard supplémentaire.

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L’effet des marchés et des flux massifs

À l’inverse, les avoirs américains à l’étranger n’ont progressé que de 1,71 milliard, dont 863 milliards via les actions étrangères et 609 milliards par le biais des investissements directs sortants. L’impact net des variations de prix s’est donc traduit par une détérioration de 1,06 milliard de dollars de la position extérieure nette.

Le second facteur clé réside dans les flux financiers nets. Sur le seul troisième trimestre, les investisseurs étrangers ont acquis pour 797,8 milliards de dollars nets d’actifs américains. Ces achats se sont concentrés sur les actions cotées et les titres de dette à long terme, notamment les Treasuries et les obligations d’entreprises. Ce mouvement a directement accru les passifs américains d’environ 800 milliards de dollars supplémentaires.

Une dynamique pluriannuelle explosive

Sur un horizon annuel et pluriannuel, la trajectoire apparaît encore plus spectaculaire. Les encours étrangers en actifs financiers américains ont progressé de 13,6% en glissement annuel au troisième trimestre 2025, culminant à un record de 64,1 milliards de dollars. Cette évolution est cohérente avec les données consolidées du Bureau of Economic Analysis et du système TIC du Trésor américain.

Depuis 2018, le stock d’actifs américains détenus par l’étranger a quasiment doublé. Depuis 2015, la croissance annuelle composée avoisine 9,3%. Cette accélération s’explique par la performance exceptionnelle des marchés américains, notamment dans les secteurs technologiques et de l’intelligence artificielle, par la profondeur de liquidité de Wall Street, par le rôle refuge du dollar et des Treasuries ainsi que par l’absence d’alternative crédible à l’échelle mondiale, y compris face à l’euro, au yuan ou aux cryptomonnaies.

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Des flux records confirmés par les données TIC

Les statistiques TIC du Département du Trésor confirment cet appétit massif tout au long de l’année 2025. Les achats nets étrangers d’actifs financiers américains à long terme ont dépassé 1,5 trillion de dollars cumulés selon certaines méthodologies, atteignant des sommets historiques.

Les actions américaines ont enregistré une envolée spectaculaire des flux, avec des acquisitions nettes comprises entre 650 et 720 milliards de dollars selon les ajustements incluant swaps et instruments dérivés, soit une progression supérieure à 130% par rapport à 2024 sur les flux actions stricts. Les Treasuries ont attiré environ 400 à 450 milliards nets, tandis que les obligations corporate ont capté entre 300 et 350 milliards supplémentaires.

Qui finance l’Amérique en 2025 ?

Parmi les principaux acheteurs nets en 2025 figurent l’Europe, avec plus de 870 milliards de dollars cumulés sur le long terme, les îles Caïmans via des structures offshore et fonds d’investissement (environ 277 milliards), ainsi que le Japon, le Canada, Singapour, la Norvège et la Corée du Sud, particulièrement actifs sur les marchés actions.

À l’inverse, la Chine a poursuivi son désengagement massif avec des ventes nettes d’environ 200 milliards de dollars sur les actifs américains long terme. Ses encours en Treasuries sont revenus dans une fourchette comprise entre 684 et 700 milliards fin 2025, soit leur niveau le plus bas depuis 2008. Malgré cela, les avoirs étrangers totaux en Treasuries ont culminé autour de 9,3 à 9,4 trillions à la mi-2025, avant un léger repli vers 9,27 trillions en décembre.

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L’exceptionnalisme financier américain face aux risques

En dépit des discours pessimistes liés aux politiques tarifaires prolongées de l’ère Trump, aux tensions sino-américaines ou à la remontée des rendements obligataires, les flux de 2025 démontrent l’absence de retrait massif. Les capitaux internationaux continuent d’affluer pour financer un déficit courant structurel avoisinant 3% du PIB, l’endettement public croissant et l’investissement domestique.

Cette configuration traduit une force systémique. Les États-Unis proposent un rendement ajusté du risque supérieur, une profondeur de marché inégalée et une confiance durable dans le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. Toutefois, un passif extérieur net de 27,6 trillions en expansion rapide soulève des interrogations théoriques sur la soutenabilité à long terme. Un choc de confiance brutal, une récession marquée ou l’émergence d’une alternative crédible, qu’il s’agisse de l’euro, du yuan ou d’un écosystème crypto mature, pourrait provoquer une correction violente du dollar ou des rendements.

Pour l’heure, l’expérience des quatre dernières décennies, depuis le basculement des États-Unis en position de débiteur net en 1986, montre que ce déséquilibre peut persister tant que la croissance relative, l’innovation technologique et l’attractivité financière demeurent supérieures. En mars 2026, une chose est certaine, jamais les actifs américains n’ont été aussi massivement détenus par le reste du monde et jamais la dépendance extérieure n’a été aussi prononcée. La question n’est plus de savoir si l’exceptionnalisme tient, mais combien de temps il pourra encore dominer l’ordre financier mondial.

Larry Nolan
Larry Nolan
Passionné des cryptos et de la blockchain depuis 2015, je me suis spécialisé dans ce domaine pour avoir un avenir qui me correspond. J'aime écrire des articles pour faire partager ma passion et mes connaissances. J'espère vous apporter ce qui vous manque dans votre crypto vie.

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